
Emblème végétal des tourbières du Morvan, la Linaigrette à feuilles étroites y agite au vent ses houppes cotonneuses d'un blanc pur. Sa présence signale des milieux tourbeux acides, rares et précieux en Bourgogne.
La Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium) est la plante qui donne aux tourbières du Morvan leur allure la plus poétique. Au printemps et au début de l'été, ses tiges se couronnent de houppes soyeuses d'un blanc éclatant qui ondulent au moindre souffle de vent, comme de petits flocons de coton posés sur l'eau noire des marais.
Comment la reconnaître ?
- Des houppes cotonneuses blanches, plusieurs par tige, pendantes et soyeuses — ce sont les soies qui accompagnent les fruits mûrs.
- Une tige lisse et souple, à section arrondie, portant quelques feuilles étroites en gouttière.
- Un port en touffes lâches, l'espèce s'étalant par de longs rhizomes traçants, ce qui la distingue de la linaigrette à gaine, plus cespiteuse.
Écologie : une sentinelle des tourbières
Malgré son allure de fleur, la Linaigrette n'est pas une « vraie » fleur voyante : c'est une plante de la famille des Cypéracées, proche des laîches, dont l'apparente floraison blanche est en réalité un appareil de dissémination du fruit par le vent. Elle est strictement inféodée aux milieux tourbeux : bas-marais, prairies tourbeuses et tourbières acides gorgées d'eau, aux sols pauvres et saturés. Sa présence est un bon indicateur de la qualité de ces habitats.
Un joyau des marais morvandiaux
En Bourgogne, la Linaigrette à feuilles étroites est surtout présente dans les tourbières du Morvan, où elle accompagne sphaignes et rossolis dans des milieux hérités des temps glaciaires. Ces zones humides d'altitude relient la région à une flore d'affinité montagnarde et boréale, ce qui fait leur originalité.
Fragilité des milieux
La Linaigrette ne peut survivre que si la tourbière reste humide. Or ces milieux sont parmi les plus menacés : drainage agricole, plantations résineuses, captages et assèchement climatique en réduisent la surface. Protéger les houppes blanches des linaigrettes revient à préserver le fonctionnement hydrologique des tourbières, véritables réservoirs de biodiversité et pièges à carbone du Morvan.
Là où les tourbières sont restaurées — bouchage de drains, maintien du niveau d'eau, fauche des ligneux — la Linaigrette réagit vite et recolonise les surfaces remises en eau. Cette faculté de reprise en fait un bon témoin du succès des travaux de restauration menés sur les zones humides du Morvan, et un allié visuel pour sensibiliser le public à la valeur de ces milieux discrets mais irremplaçables.
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Sources & références
- Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) — Eriophorum angustifolium.
- Conservatoire botanique national du Bassin parisien.
Planche mise à jour le 26 juillet 2026.



