Milieu naturel
Les pelouses calcaires, joyaux de biodiversité
Sur les coteaux secs de la Côte, de l'Auxois et du Châtillonnais, les pelouses calcaires concentrent une flore et une faune exceptionnelles, héritées d'un long pastoralisme aujourd'hui menacé par la fermeture des milieux.
Accrochées aux versants ensoleillés des reliefs calcaires bourguignons, les pelouses calcicoles comptent parmi les milieux les plus riches en espèces de la région. Sur ces sols superficiels, secs et pauvres, où l'eau s'infiltre vite et où la roche affleure, se développe une végétation basse, rase et clairsemée, adaptée à la sécheresse et à la chaleur. Cette pauvreté même est la clé de leur richesse : aucune espèce ne domine, laissant coexister une multitude de plantes sur quelques mètres carrés. Les botanistes y dénombrent couramment plusieurs dizaines d'espèces au mètre carré, ce qui place ces milieux parmi les plus diversifiés d'Europe tempérée.
Où les rencontrer en Bourgogne ?
Ces pelouses jalonnent les secteurs calcaires du nord et de l'est de la région. On les trouve sur les coteaux de la Côte viticole, sur les buttes et les corniches de l'Auxois, et sur les vastes plateaux du Châtillonnais. La vallée de l'Ouche, les environs de la Côte-d'Or et les rebords de l'Yonne en offrent aussi de beaux exemples. Exposées au sud ou à l'ouest, souvent en pente forte, elles bénéficient d'un microclimat chaud qui favorise des espèces d'affinités méridionales, en limite d'aire vers le nord.
Un sommet floristique : les orchidées
Les pelouses calcaires sont réputées pour leur cortège d'orchidées sauvages, particulièrement diversifié. On y observe l'ophrys abeille, dont le labelle imite une femelle d'insecte pour attirer les pollinisateurs, l'orchis militaire aux épis rose pourpré, et, dans les ourlets forestiers et les pelouses en voie de boisement, le rare sabot de Vénus, la plus spectaculaire des orchidées européennes. Au printemps, l'anémone pulsatille, aux fleurs violettes duveteuses, colore les pelouses les plus rases.
Une faune thermophile
La chaleur emmagasinée par la roche profite à une faune thermophile remarquable. Le lézard vert occidental se chauffe sur les affleurements et les pierriers, tandis que les pelouses bourdonnent d'insectes : papillons (azurés, hespéries), criquets et sauterelles, ainsi qu'une grande diversité d'abeilles sauvages et de guêpes solitaires. Cette entomofaune riche assure la pollinisation et constitue la base d'un réseau trophique dense, jusqu'aux oiseaux et reptiles prédateurs.
Un milieu façonné par le pastoralisme
Contrairement aux apparences, la pelouse calcaire n'est pas un milieu strictement naturel : c'est un habitat semi-naturel, entretenu depuis des siècles par le pâturage extensif des moutons et des chèvres. La dent du bétail et le piétinement freinent l'installation des ligneux et maintiennent le tapis herbacé ouvert. Sans cette pression, la dynamique naturelle reprend ses droits.
La fermeture des milieux, principale menace
Avec le déclin du pastoralisme au XXe siècle, de nombreuses pelouses ont été abandonnées. S'ensuit un embroussaillement progressif : les graminées hautes s'accumulent, puis s'installent le genévrier, le prunellier et l'aubépine, avant une recolonisation forestière qui fait disparaître la flore héliophile. À cette fermeture s'ajoutent la mise en culture, l'urbanisation, la plantation de résineux et l'enrichissement des sols. Pour enrayer ce déclin, le Conservatoire d'espaces naturels de Bourgogne et ses partenaires restaurent et gèrent un réseau de sites par débroussaillage et pâturage de conservation. Préserver ces pelouses, c'est maintenir des réservoirs de biodiversité parmi les plus précieux de la région.
Espèces caractéristiques de ce milieu
Sources & références
- Conservatoire d'espaces naturels de Bourgogne — Réseau des pelouses calcicoles.
- Conservatoire botanique national du Bassin parisien — Flore des pelouses calcicoles de Bourgogne.
- Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) — Habitats des pelouses sèches (Festuco-Brometea).




